Article publié dans l’Express le 15/02/20 : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/les-soignants-ne-demandent-pas-l-aumone-ils-veulent-etre-consideres-de-facon-durable_2126114.html

Députée et infirmière, Annie Chapelier signe avec quatre collègues un appel à traduire en engagements clairs les promesses faites aux soignants.

Son récit percutant d’une nuit de garde à l’hôpital de Nîmes a ému les lecteurs de L’Express, le 13 avril dernier. L’infirmière anesthésiste Annie Chapelier se projette sur l’après-coronavirus dans un texte rédigé avec quatre de ses collègues députées, Delphine Bagarry, Jennifer de Temmerman, Albane Gaillot et Martine Wonner. Alors qu’Emmanuel Macron promet d’en finir avec la “paupérisation” de l’hôpital public, ces cinq élues en rupture avec La République en Marche appellent à entendre les besoins des soignants et à mettre les moyens à la hauteur de l’enjeu. “Quand l’Etat-médecin est appelé auprès de l’hôpital-malade, on attend de lui une réanimation efficace, pas un bisou sur le bobo”, écrivent-elles. La députée LREM Nathalie Sarles est également signataire du texte. 

La santé est le bien le plus précieux de tous.

Les professionnels de santé, confrontés depuis toujours à la maladie, ont fait face à celle-ci, en dépit de leur peur, en dépit des incertitudes et des inconnues entourant ce nouveau virus.

Les Français ont été choqués, frappés de découvrir les conditions de travail, le manque de personnel, de matériel de protection, les problèmes d’organisation, la faiblesse des salaires.

Les Français se sont émus de ce qu’ils ont vite qualifié d’héroïsme, et c’en est un. Ils ont découvert que des métiers essentiels étaient exercés par des invisibles, dans l’humilité, par des femmes le plus souvent.

Cette crise a mis en lumière les revendications d’un an de grève.

Alors, de toutes parts s’élève une unanimité pour dire que rien ne doit être comme avant, que nous devons tirer les leçons de cette crise, que le scandale des faibles rémunérations des soignants doit cesser, que la réforme du système hospitalier est essentielle et que l’on doit enfin s’atteler à cette tâche.

Les soignants ne demandent pas l’aumône, ils sont fiers de leur métier, ils l’aiment, ils continuent à l’exercer en toutes circonstances, malgré des conditions anxiogènes et dégradées.

Ils veulent être considérés de façon durable, et pas seulement le temps d’un combat qu’on espère rapidement gagné.

Ils apprécient que leurs concitoyens leur apportent soutien et reconnaissance. Ils apprécient qu’ils souhaitent faire des dons de congés, des chèques vacances et que des députés se mobilisent pour que ces marques d’estime puissent se concrétiser. Ils apprécieront peut-être qu’un hommage leur soit rendu le 14 juillet, recevoir des décorations bien qu’il n’y ait pas eu de guerre.

Ces marques de reconnaissance nationale n’exonéreront pas de véritables annonces sur la réorganisation, la revalorisation salariale et les plans de recrutement massif. Quand l’Etat-médecin est appelé auprès de l’hôpital-malade, on attend de lui une réanimation efficace, pas un bisou sur le bobo.

En tant que députés, représentants de la nation, il est de notre devoir de soumettre et de porter des propositions qui nous mèneront vers une véritable transformation du système de santé.

Parce qu’ils nous obligent. Parce que l’heure n’est plus aux petits pas, aux réajustements, aux conciliations, aux promesses, nous devons être à la hauteur.

Nous avons été réduits depuis trois ans à une chambre consultative ; nous sommes force de proposition auprès du gouvernement. Nous sommes des acteurs de la construction du monde d’après et donc de celle de la réforme du système de santé.

Le 15 avril, en annonçant les primes aux soignants, le ministre de la santé a annoncé qu’une revalorisation salariale serait à l’étude dans le cadre d’un grand plan massif de l’hôpital.

Aujourd’hui les soignants attendent les primes mais ils attendent aussi et surtout une revalorisation statutaire et salariale.

Les soignants sont patients.  

Ils savent que la profonde transformation que nécessite notre système de santé est un exercice complexe, délicat, difficile et qu’il sera long.

Ils n’attendent pas des annonces péremptoires, définitives, ficelées, décidées dans les bureaux feutrés des ministères sans qu’ils n’aient jamais été consultés.

Ils veulent être considérés pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils sont.

Ils, elles veulent que pour une fois on les écoute, eux, elles, les petites aides-soignantes, les gentilles infirmières, les braves médecins, les auxiliaires de vie si dévouées. Elles ne font pas que s’occuper de vous. Elles pensent aussi, elles réfléchissent, elles analysent ce monde de la santé qu’elles tiennent entre leurs mains.

Ces professionnels qui ont tenu un pays tout entier à bout de bras, sans hésiter, sans rechigner, avec courage et abnégation, savent ce dont ils ont besoin. Ils ont des revendications légitimes et des solutions à nous proposer. Ils nous ont fait la démonstration de leur capacité de réaction, d’organisation et de prise en charge quand le reste du monde était en état de sidération.

Écoutons-les et entendons-les ! Portons haut avec eux leurs revendications et soyons dignes de leurs attentes. Prendre soin de nos soignants c’est prendre soin de la santé de tous.