Le contexte particulier de confinement, indispensable à l’endiguement de la pandémie de Covid-19, constitue malheureusement un terreau favorable aux violences conjugales et intrafamiliales : la promiscuité, les tensions, l’anxiété peuvent y concourir. Cette période de confinement, si nécessaire soit-elle, est un facteur de risque supplémentaire pour les victimes de violences conjugales et intrafamiliales.

Tous les secteurs ont dû s’adapter pour garantir la continuité des services. A la suite des déclarations du Président de la République en date du 14 mars annonçant la fermeture de toutes les crèches, écoles, collèges, lycées et universités de France à partir du lundi 16 mars, l’Education nationale a dû transformer son mode de fonctionnement.

Afin d’assurer la continuité pédagogique, des outils et des dispositifs ont été mis en place pour mobiliser élèves, parents et enseignants. Le CNED  a ainsi développé un service en ligne, Ma classe à la maison, qui offre des séances pédagogiques en ligne pour les élèves de la primaire au lycée. Les enseignants sont amenés à utiliser leur environnement numérique de travail (ENT), pour partager les ressources, supports de cours et exercices avec leurs élèves durant la période de confinement. Tous les moyens de communication sont mobilisés pour assurer la continuité des échanges entre l’élève et ses professeurs. Cette plateforme permet à chaque élève de : maintenir un contact régulier avec son professeur et ses camarades, participer à des classes virtuelles afin d’entretenir les connaissances déjà acquises et d’acquérir de nouveaux savoirs et échanger des exercices et devoirs à faire à la maison.

Pour pallier les difficultés engendrées par la crise épidémique du coronavirus, l’Education nationale a privilégié un enseignement numérique éducatif pour les élèves. L’enseignement traditionnel de la sexualité où le lien social y est favorisé pourrait, donc, être suppléer par l’enseignement numérique où le lien digital y serait, davantage, déployé. En effet, le numérique offre un écrin favorable au développement de l’éducation à la sexualité. La diffusion des usages du numérique dans l’enseignement constitue un puissant levier de modernisation et d’innovation pédagogique.

 

Ma Proposition

« Le seul acte intellectuel authentique, c’est l’invention » Michel Serres, Petite Poucette.

Si les terribles témoignages lors du grenelle des violences conjugales nous ont tous émus, plusieurs voies se présentent pour apporter des solutions à cette situation inadmissible.

Tout le monde s’accorde à répéter que l’éducation à la sexualité constitue la base et représente la clé en grande partie de la lutte contre ces violences.

Les difficultés dans les rapports et les relations filles-garçons se constatent de plus en plus tôt avec l’introduction, dans l’environnement numérique de nos enfants, de la pornographie et d’images sexuées violentes. Une des différences majeures entre notre jeunesse actuelle et les générations précédentes est très certainement la place qu’occupe le numérique dans leur vie.

Michel Serres les appelle, affectueusement, petit poucet et « petite poucette ». Ce grand philosophe, loin d’accabler cette jeunesse à travers laquelle nous avons tant de mal à nous reconnaitre, les regardait, bien au contraire avec une bienveillance infinie, et mettait en valeur ces nouvelles dispositions de nos enfants que nous n’avons pas et que donc, ne comprenant pas, nous dénigrons. Et pourtant, en apportant un cadre absolument nouveau à l’interaction enseignant-apprenant, l’univers numérique offre des perspectives encore trop peu mises à profit.

Le Gouvernement a décidé de donner une priorité effective à l’éducation à la sexualité au sein du système éducatif actuel. Cette démarche éducative aspire à transmettre aux élèves des informations objectives et des connaissances scientifiques sur la sexualité (prévention des infections sexuellement transmissibles, des risques de grossesse précoce ou non prévue, contraception), à identifier les différentes dimensions de la sexualité (biologique, affective, culturelle, juridique, sociale, éthique), à lutter contre les comportements homophobes et sexistes et à accentuer la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes.

C’est pourquoi pour un sujet aussi sensible que l’éducation à la sexualité et à la vie affective je souhaite proposer pour les élèves de collège et de lycée un enseignement de l’éducation à la sexualité par les FLOT (1).

Un FLOT est une formation interactive composée d’activités pédagogiques variés (visionnage de vidéo, réalisation de quizz dans le but de vérifier l’acquisition des connaissances, exercices pratiques et travaux collaboratifs). Les ressources pédagogiques relatives à l’éducation de la sexualité seraient, alors, disponibles en ligne sur le FLOT. Le programme et la plateforme du FLOT seraient élaborés et mis en place par l’Education nationale au travers d’équipes pluridisciplinaires.

Les élèves auraient, alors, la possibilité de consulter autant qu’ils le souhaiteraient ces cours en ligne et pourraient, même, dialoguer avec des professionnels sur des tchats. Ce service en ligne permettrait d’instaurer un échange personnalisé. Le fait de pouvoir apprendre, en toute intimité, sur un sujet aussi personnel, apporterait un véritable confort aux élèves (et aux enseignants) et leur ajouterait un sentiment protecteur et non jugeant.

Les avantages à un enseignement par FLOT sont nombreux :

  • Economiques, organisationnels et structurels : en faisant passer de 3 à un, par an, les cours d’éducation sexuelle et donc en permettant aux établissements de plus facilement honorer le contrat d’enseignement en nécessitant moins d’intervenants qui pourront être mieux choisis.
  • Educatifs, psychologiques et comportementaux : le propre des cours est (entre autres) d’apporter des connaissances mais aussi de stimuler la curiosité et de développer les qualités d’apprentissage et de discernement. Par leur contenu infiniment délicat, les cours d’éducation sexuelle sont trop souvent biaisés ou galvaudés par les sentiments contradictoires qu’ils génèrent, autant du côté de l’enseignant que de l’apprenant (gène, déni, honte, choc émotionnel).
  • Sociaux : le rôle des parents est toujours mis en avant dans le sens que cette éducation à la sexualité est avant tout familiale. Il est toujours difficile d’impliquer de façon concrète les parents dans un programme. Le FLOT permettrait d’associer les parents qui le désirent ou qui ont simplement la curiosité de suivre cet enseignement. Cela éviterait dans un même temps le développement de fantasme comme nous avons pu le constater avec « l’enseignement de la masturbation à la maternelle » dans un passé récent. Si les enfants sont mal à l’aise pour aborder ces sujets avec leurs parents pour des raisons culturelles ou personnelles, ils auront toujours la possibilité de prendre connaissance de ces cours dans les salles informatiques mises à disposition des élèves dans les collèges et les lycées durant leurs heures de permanences ou lors des récréations.
  • Sociétaux : que cela nous plaise ou non, la numérisation massive et la fascination qu’engendre l’écran donne une place de plus en plus prégnante à l’espace virtuel dans nos vies et dans celles de nos enfants. Utiliser cet univers numérique pour mieux vivre ensemble en y partageant des valeurs d’égalité, de respect et d’altérité nous permettrait d’être en phase avec nos enfants, leurs pratiques et notre temps.

L’apprentissage en continu offrirait un socle qui favoriserait les échanges entre les apprenants et l’équipe éducative lors du seul cours annuel maintenu puisque les élèves auraient eu tout loisir de prendre connaissance du programme par le FLOT, à leur rythme, en pouvant y revenir autant de fois qu’ils le voudraient. Chaque classe conserverait, tout de même, un cours, en fin d’année, avec des professionnels volontaires et formés ou avec des associations ayant des agrément « IMS » au même format que ce qui est déjà préconisé. Les élèves disposeraient, donc, d’un enseignement adapté par à chaque année scolaire (de la 6ème à la terminale).

Quel meilleur cadre que l’intimité de la relation ordi-élève (qui a remplacé l’intimité du livre) pour aborder le respect de soi et d’autrui de ce type d’éducation vise à renforcer le développement d’un comportement responsable des élèves face à la sexualité tout en garantissant le respect des consciences, le droit à l’intimité et à la vie privée de chacun.

Actuellement, les 3 séances obligatoires restent à l’état de vœux pieux et pour plusieurs raisons :

  • Le faible nombre de professeurs formés ou d’associations agrées.
  • La mise en place des cours reste toujours dépendante de la motivation, du temps et des moyens de l’équipe pédagogique

De plus les cours ne sont jamais aussi productifs et efficients qu’il le faudrait :

  • Cette pédagogie se heurte, quelquefois, à la frilosité morale des enseignants. Des pédagogues émettent des réticences à aborder des notions liées à la sexualité devant un public de jeunes collégiens ou lycéens. Le caractère intimiste, émotionnel voire religieux de la sexualité engendrent des résistances de la part de certains personnels de l’éducation nationale.
  • Les élèves, gênés, adoptent des comportements très différents, bravaches, silencieux, avec le sentiment qu’ils seront jugés par leurs pairs selon leurs questions, etc…

Malgré les recommandations du Secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ainsi que du Ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse, c’est moins de la moitié des cours qui sont promulgués dans les établissements avec une concentration sur les classes de 4ème, 3ème quand ils ne débutent pas qu’en seconde.

Or, selon l’OMS et l’avis de nombreux psychologues, 12 ans est l’âge idéal pour recevoir une éducation sur la sexualité proprement dite. Cet âge coïncide avec le début de l’adolescence et tout ce qu’elle implique au niveau comportemental et psychologique des jeunes. Cet âge coïncide, également, à la systématisation du téléphone portable. C’est pourquoi, il est essentiel de concilier, à cet âge de la vie, un enseignement aussi important que la sexualité.

Cet enseignement n’arrive pas ex nihilo : l’éducation à la vie affective débute dès le plus jeune âge en milieu scolaire axée sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques, sur les notions de respect, de liberté, de choix, de consentement.  La prévention et la lutte contre les préjugés sexistes et homophobes y ont toute leur place. Cependant, la sexualité n’est pas au cœur des préoccupations des plus petits et la nature des relations que nous entretenons dans les rapports amoureux n’est qu’un reflet de notre rapport à l’autre, quel qu’il soit.

Cet enseignement se doit d’être transversal à tous les autres enseignements, dès la maternelle, comprenant également le respect d’autrui, de sa différence et la place de chacun dans le groupe par une initiation au fonctionnement démocratique. Afin de ne plus froisser certains individus avec les termes d’éducation sexuelle ou à la vie affective, cette matière pourrait prendre le nom d’éducation à l’altérité.