Myriam El Khomri a remis, aujourd’hui, son rapport sur le Grand âge et l’Autonomie à la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn.

L’ex-ministre du Travail  a été missionné fin juin par Agnès Buzyn pour réfléchir sur l’attractivité des métiers de l’autonomie et du grand âge. Son rapport présente, ainsi, un plan de mobilisation nationale en faveur de l’attractivité des métiers du Grand-âge pour la période 2020-2024.

Au total, ce programme atteint 850 millions d’euros d’investissement par an dès 2020 et regroupe 59 mesures.

Les principaux constats

De forts besoins en recrutement dans les métiers du grand âge

• Les personnes en perte d’autonomie (au sens des bénéficiaires de l’APA) passeront de
1,387 million en 2020 à 1,479 million en 2025.

• Pour répondre au vieillissement démographique et améliorer les conditions de prise en charge de
ces personnes, près de 93 000 postes supplémentaires devront être créés dans les 5
prochaines années (2020-2024).

• Pour pourvoir les postes vacants, 260 000 professionnels devront être formés sur la même
période

Des métiers du grand âge peu attractif et à revaloriser

• Or, les professions d’aide-soignant et accompagnant éducatif et social qui sont les deux grands
métiers du grand âge sont des métiers dont l’attractivité est aujourd’hui très dégradée.
La baisse de 25% en six ans des candidatures aux concours d’accès à ces deux métiers est très
révélatrice à cet égard.

• En effet, ces métiers peuvent être mal rémunérés, en particulier au domicile, avec un
démarrage au SMIC, voire en-dessous, des progressions salariales et de façon générale des
perspectives d’évolution qui sont très faibles. En conséquence, un taux de pauvreté élevé parmi
ces métiers, par exemple 17,5% de ménages pauvres parmi les intervenants à domicile contre
6,5% en moyenne pour l’ensemble des salariés.

• De plus, les conditions d’exercice de ces métiers sont très difficiles notamment par
manque d’effectif. Les postures, les rythmes de travail sont marqués par une forte pénibilité et
se traduisent par un nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles
(« sinistralité ») trois fois supérieur à la moyenne nationale.

• Enfin, ces métiers sont mal connus et peu considérés, en particulier parmi les jeunes
générations. Du reste, cette dévalorisation est le reflet du regard contemporain porté sur nos
aînés et, de manière générale, sur les plus fragiles dans notre société.

Des efforts indéniables des autorités publiques pour restaurer l’attractivité de ces métiers
mais aux effets insuffisants

• Les pouvoirs publics (Etat, conseils départementaux et régionaux) ont déployé d’indéniables
efforts pour tenter de restaurer l’attractivité des métiers du grand âge, en agissant sur deux
composantes majeurs que sont les formations et la qualité de vie au travail, grâce à la mise en
place de réformes, à la mobilisation de financements et à un soutien résolu aux démarches
d’innovations technologiques et organisationnelles.

• Toutefois, ces efforts ont eu des effets limités, en raison de leur caractère dispersé et de
l’incomplétude de certaines mesures.

• Par ailleurs, les organisations professionnelles des métiers du grand âge restent
extrêmement cloisonnées et foisonnantes (conventions collectives, opérateurs de
compétences). Dans le secteur privé, les métiers du grand âge relèvent par exemple toujours de 7
conventions collectives à l’heure actuelle.

Les principales mesures 

Axe 1 : Assurer de meilleures conditions d’emploi et de rémunération

• Ouvrir 18 500 postes supplémentaires par an d’ici à fin 2024
Explication : Des ouvertures de postes seront nécessaires dans les toutes prochaines années pour répondre aux
besoins de prise en charge du grand âge, dans un contexte de vieillissement démographique d’une part et de
nécessaire augmentation du taux d’encadrement et du renforcement des temps collectifs d’autre part.

• Remettre à niveau au plus tard au 1er janvier 2021 les rémunérations inférieures au SMIC dans
les grilles des conventions collectives à domicile
Explication : Aujourd’hui, les rémunérations des métiers du grand âge sont inférieures au SMIC dans certaines
conventions collectives, ce qui a pour conséquence que les professionnels restent payés au SMIC pendant une
dizaine d’années. Il convient donc de remettre ces rémunérations à niveau sans délai.

• Négocier une offre nationale compétitive pour équiper les accompagnants à domicile de
véhicules propres

Axe 2 : Donner une priorité forte à la réduction de la sinistralité et à l’amélioration de la
qualité de vie au travail

• Porter dans le cadre de la branche AT-MP de l’assurance-maladie un programme national de
lutte contre la sinistralité, ciblé sur ces métiers
Explication : Le taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles (AT-MP) est aujourd’hui tellement
élevé dans le secteur du grand âge qu’un programme national spécifique apparait de plus en plus nécessaire.

• Imposer 4h de temps collectifs par mois d’équipe à domicile et en EHPAD

Axe 3 : Moderniser les formations et changer l’image des métiers

• Supprimer le concours d’aide-soignant pour la formation initiale et l’apprentissage et assurer
l’inscription dans les centres de formation via Parcours sup pour la formation initiale
Explication : Face à la pénurie récente de candidats, il convient de revoir en profondeur et d’ouvrir plus
largement les conditions d’accès à ces formations.

• Garantir systématiquement la gratuité de la formation, hors frais d’inscription, quelle que soit
la situation du candidat
Explications : Aujourd’hui, 5% environ des personnes en formation doivent payer leur formation, en sus des frais
d’inscription, ce qui constitue une inégalité à laquelle il convient de mettre fin.

• Réduire drastiquement l’éventail des diplômes reconnus dans le champ de
l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie
Explications : Il existe aujourd’hui une soixantaine de diplômes conduisant aux métiers d’accompagnant des
personnes fragiles1. Ce foisonnement nuit gravement à la visibilité et à l’attractivité des métiers du grand âge.

• Porter à 10 % la part des diplômes d’aide-soignant et d’accompagnant éducatif et social obtenus
par la voie de l’alternance
Explications : Très peu développé pour ces diplômes, l’apprentissage est une voie efficace pour former
rapidement et efficacement des professionnels à fort potentiel d’insertion dans le marché de l’emploi. Pour
100.000 personnes formées par an cela représentait 10.000 alternants (contre 600 par aujourd’hui).

• Porter à 25% la part des diplômes délivrés chaque année dans le cadre de la VAE en privilégiant la
VAE collective
Explications : Les processus de validation des acquis de l’expérience (VAE) permettent d’augmenter rapidement
le nombre de professionnels et donc de répondre aux besoins de recrutement des structures. Pour 100.000
personnes formées par an, cela représentait 25000 personnes.

• Permettre à tous les professionnels exerçant auprès des personnes en perte d’autonomie
d’accéder à une formation spécifique en gérontologie
Explications : Une formation d’assistant de soins en gérontologie (ASG, 140 heures) existe depuis le premier plan
cancer, mais aussi un passeport gériatrique inscrit à l’inventaire depuis 2017 ; il s’agit d’en ouvrir l’accès à tous
les professionnels qui assistent quotidiennement les personnes en perte d’autonomie.

• Lancer une campagne nationale de communication pour changer le regard de la société sur
les personnes âgées et les métiers du grand âge
Explications : Une grande campagne de communication sur les métiers du grand âge, aujourd’hui méconnus et
dévalorisés, permettrait de changer le regard porté sur eux et donc de susciter des vocations.

Axe 4 : Innover pour transformer les organisations

• Soutenir et évaluer les démarches innovantes dans le champ de l’organisation du travail :
Explications : Ces démarches innovantes concernent par exemple, le modèle des équipes autonomes inspiré de
la méthode Burtzoorg.

• Reconnaître l’intérêt de la pratique avancée en gérontologie et soutenir son développement
Explications : La pratique avancée permet à des infirmières d’exercer des missions et des compétences poussées,
jusque-là dévolues aux médecins ; la création d’une pratique avancée en gérontologie permettrait de
reconnaître davantage l’expertise des infirmières et de mieux couvrir les besoins de prise en charge des
personnes âgées.

Axe 5 : Garantir la mobilisation et la coordination des acteurs et des financements au niveau
national et dans les territoires

• Créer une plateforme départementale des métiers du grand âge chargée de mettre en
oeuvre un guichet unique de sécurisation des recrutements
Explications : Ces plateformes départementales auraient pour mission d’organiser la mobilisation et la
coordination, au niveau local, autour des formations aux métiers du grand âge, afin de susciter des vocations et
de permettre aux candidats de réussir leur parcours de formation et leur insertion professionnelle.

• Assurer la mobilisation des financements nationaux nécessaires à la mise en place des
actions
Explications : Le financement de ce plan relève de différents acteurs ; leur coordination sera assurée par le
comité national des métiers du grand âge à mettre en place.