Déplacement parlementaire en Islande

« When one woman is a leader, it changes her.

When more women are leaders, it change politics and policies »[1]

 

WPL global forum

Sommet annuel 2017

 

 We can do it !

 

Reykjavik, Islande

28 au 30 novembre 2017

 

La délégation aux droit des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes informe l’Assemblée nationale de la politique suivie par le Gouvernement et ses conséquences en matière de droit des femmes et d’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Elle est également chargée du suivi de l’application des lois en ce domaine.

 

La délégation a développé au fil des années des activités internationales notamment par la participation à des réunions de très haut niveau avec des personnalités d’influence afin de s’imprégner des meilleures pratiques en matière de droit des femmes dans le monde.

C’est dans ce cadre que Madame Annie Chapelier, députée du Gard, a été désignée par la délégation pour représenter l’Assemblée nationale au Sommet mondial annuel WPL (Women Political Leader) qui s’est tenu à Reykjavik, en Islande, du 28 au 30 novembre.

Madame Marie-Noëlle Battistel, députée d’Isère a également participé à ce voyage d’étude.

 

Le « Women Political Leaders Global forum» est une fondation indépendante, internationale, à but non lucratif basée à Reykjavik, en Islande. Silvana Koch-Mehrin est la fondatrice et la présidente de la fondation WPL.

Ce Forum accueille des personnalités politiques du monde entier, investies dans la cause du droit des femmes. Il oriente ses travaux sur le leadership féminin, la législation et la mise à l’agenda de politiques publiques qui créent du résultat en matière d’égalité femme/homme.

 

Le choix de l’Islande n’est pas anodin, c’est effectivement l’un des pays les mieux classés en matière d’égalité femme-homme, que cela concerne le champ politique, c’est, en effet, la première démocratie à avoir élue une femme présidente en 1980 ; ou bien le champ économique, c’est l’un des premiers pays à imposer l’égalité salariale; ainsi que le champ sociétal, très avancé sur de nombreux sujets

 

Mardi 28 novembre

Une réception très islandaise

 

Harpa Conference Centre, lieu du forum


Les islandaises ont depuis toujours lutté pour l’égalité et pour redonner sa juste place à la femme dans la société. En 1975, plus de 25.000 femmes islandaises (sur une population de 218.000 habitants) cessent de travailler le 24 octobre pour « protester contre les écarts de salaire et les pratiques d’emploi injustes ». Cette initiative collective, qui provoque un arrêt de l’économie et des services publics et privés, avait pour objet de démontrer l’importance de la contribution des femmes dans la société.

 

Le forum a débuté par un accueil fort chaleureux par le Président Guðni Th. Jóhannesson dans sa résidence à Bessastadir. Cette entrée en matière est à l’égal des relations entre les personnes en Islande où la faible population contribue à une connaissance de chacun et une simplicité des rapports.

 

 

Avec le Président Guðni Th. Jóhannesson dans sa résidence à Bessastadir

C’est ensuite Mme Vigdís Finnbogadóttir, qui fut présidente de l’Islande de 1980 à 1996, première femme au monde élue au suffrage universel, véritable trésor national dans son pays, nous a accueilli a Hus Vigdisar, the vigdis international centre of multilingualism and intercultural understanding, sa fondation. C’est par un discours vibrant sur la place des femmes en politique qu’elle a ouvert le forum.

Issue de la société civile, son investiture était une véritable surprise. Sa volonté et sa compétence ont fait l’unanimité dans le pays, puisqu’elle est restée à la tête de l’Etat durant 16 ans.

Intervention de Mme Vigdís Finnbogadóttir

 

C’est enfin avec 2 spécialistes islandaises, Jona Solveig Elinardottir (membre du CA du refuge des femmes et ancienne députée, vice-présidente de l’assemblée et présidente de la commission des affaires étrangères) et Irma Erlingsdottir (responsable du centre de recherche des études de genre en Islande et directrice de l’EDDA) que la journée d’étude s’est achevée.

 

 

  1. Paul Graham, ambassadeur de France en Islande nous a fait les honneurs d’être le modérateur de ce dialogue à l’ambassade de France.

Avec M. Paul Graham, Ambassadeur de France en Islande


Mercredi 29 novembre

Le vif du sujet : le point sur l’égalité femme-homme dans le monde

 

 

Plusieurs femmes politiques sont intervenues, dont Mmes Helen Clark, ancienne Première Ministre en Nouvelle Zélande, Kim Campbell ancienne Première Ministre du Canada, Mari Kiviniemi, ancienne Première Ministre de Finlande établissent d’abord un point sur l’égalité femme-homme dans le monde.

L’accent est mis, au cours de la matinée, sur les femmes faiseuses de paix.

 

Pour une paix et une sécurité durable, pour une défense efficace, pour un nouveau souffle dans la politique étrangère, les femmes ont besoin de tenir un rôle de leader au même titre que les hommes, d’autant plus qu’elles sont bien souvent première victimes des conflits mondiaux.

Les théâtres de crises sont multiples, les conflits se prolongent, les transitions politiques aboutissent rarement sur une issue démocratique ; de fait, une paix durable semble de plus en plus incertaine.

Un changement de paradigme venant contrebalancer le point de vue traditionnel plus axé sur la défense et la sécurité pourrait être amené par les femmes, qui elles, l’orienteront sur les processus de paix.

Entre 1992 et 2011, moins de 4% des signataires d’accords de paix étaient des femmes. Seulement 16 femmes sont actuellement ministres de la Défense dans le monde.

Des femmes expertes ont abordé, durant cette conférence, les questions de sécurité et de défense dans le contexte actuel et en mutation et ont exploré les moyens d’accroître le leadership des femmes dans les conflits pour mieux les prévenir, les atténuer et les résoudre.

De tous les pays auditionnés, qu’il s’agisse des Bermudes, de Tunisie, du Canada, du Mexique, de la Guinée, du Niger, du Nigeria, du Mali, de la Côte-d’Ivoire, de Lituanie, d’Estonie, de Lettonie, de Madagascar etc. il semblerait que le nombre de femmes parlementaires, décideuses, ou membres de gouvernements, bien que de plus en plus évoquées et mises en avant, soit de moins en moins important.

Au-delà du fait de l’évoquer, l’acter est effectivement tout autre chose.

 

D’ailleurs, en France même, bien que l’égalité femme-homme y est grande cause nationale, toutes les institutions où la parité n’est pas obligatoire, les femmes y sont malheureusement minoritaires : la caisse de dépôt et consignation par exemple, la nomination des présidences de groupes d’amitié au Parlement, la nomination des vice-présidents de l’assemblée, etc.

 

Alors pour parodier Truffaut, je dirais, pour ma part, que l’égalité n’existe pas, la parité n’existe pas, seules les preuves d’égalité et de parité existent.

 

Il est toutefois des pays où cette parité est beaucoup plus marquée. Comme le Rwanda. Sorti du génocide, le Rwanda a imposé une parité à toutes les élections (40% de femmes au minimum).

 

Le président de l’Islande, évoquant la place des femmes dans les processus institutionnels et politiques

 

Aller de l’avant: vivre le numérique?

Le second volet du forum a été axé sur le numérique. La politique et la dynamique du leadership vont de pair avec les moyens de communication numériques qui atteignent des millions de personnes en quelques secondes. Cependant, cette révolution s’accompagne de défis tels que la transformation rapide du marché du travail et l’inégalité dans l’accès et la gestion des technologies. Actuellement, seulement 46% de la population mondiale utilise Internet, ce qui signifie que nous sommes encore loin de libérer tout le potentiel de la révolution numérique. L’augmentation du nombre d’utilisatrices d’Internet, l’accès à la technologie et la promotion de l’entrepreneuriat féminin peuvent contribuer à réduire l’écart entre les sexes.

En effet, si les femmes, de par le monde, sont les premières touchées par l’analphabétisation, celle-ci n’est pas uniquement scolaire mais aussi numérique. Permettre aux femmes d’accéder à la digitalisation et à la dématérialisation c’est aussi leur permettre d’accéder à l’information, à la communication mais aussi à la création et à la gestion d’entreprises et au e.commerce.

 

L’accès au numérique est beaucoup plus rapide que le développement économique, même dans les pays les plus démunis nous trouvons un accès internet, des téléphones portables et je voudrais l’illustrer par l’exemple des paiements en ligne en Afrique qui a permis aux personnes d’effectuer de petits mouvements de fond et d’échapper au prélèvement malhonnête et au rackettage. Les femmes, les mères, souvent principales gestionnaires familiales peuvent ainsi effectuer cette gestion monétaire sans un droit de regard du chef de famille.

 

 

 

Le viol, arme de guerre

 

Enfin, la journée d’étude s’est achevée par l’un des sujets les plus poignants, à savoir la violence contre les femmes, notamment le viol dans les conflits.

Le viol est une arme de guerre qui a été utilisée au Kosovo, au Sri Lanka, au Rwanda, en passant par la Colombie et le Pérou, pour n’en nommer que quelques-uns. Les filles et les femmes ont systématiquement été ciblées par le viol, l’emprisonnement, la prostitution forcée et la traite.

Le viol en situation de conflit est utilisé par les commandants comme une arme stratégique pour humilier, démoraliser et déshumaniser « l’ennemi »; affaiblir l’intégrité du groupe ethnique opposé; déstabiliser les communautés et semer la terreur.

Des mesures importantes ont été prises par la communauté internationale pour lutter contre la violence à l’égard des femmes (résolution 1325 du Conseil de sécurité) et reconnaître l’acte de viol et de violence contre les femmes pendant les conflits comme crime contre l’humanité. Cependant, de nombreuses régions du monde ne traitent toujours pas le viol et la violence sexuelle à sa juste mesure.

 

Le forum a surtout été l’occasion d’évoquer la prévention de la violence contre les femmes en temps de guerre et les outils permettant aux femmes de à veiller ce que les auteurs soient bien traduits en justice.

La représentante de l’ONU a été fortement interpellée pour justifier de l’absence d’observateur sur les exactions sexuelles commises dans les pays en guerre, malgré la possibilité d’en mobiliser.

 

 

Oratrices: Purna Sen, Directrice politique, ONU Femmes ;  Mara Marinaki, conseillère principale du SEAE sur le genre ; Nataliya Korollevska, députée, Ukraine ; Stella Samúelsdóttir, PDG, Comité national islandais d’ONU Femmes. Interventions Modérées par: Miriam Elder, rédactrice en chef pour BuzzFeed.

 

Une soirée surprenante

Comme tous les moments de récréation et de pause du forum, cet instant de détente du mercredi soir a été l’occasion de rencontrer et d’échanger avec d’autres femmes du monde entier. Sans doute parce que nous étions francophones, nous avons beaucoup échangé avec des canadiennes et tunisiennes.

Les islandais sont fiers de leur culture (avec raison à mon sens) et ont su nous la faire partager. Ils ne catégorisent pas les comportements comme sexués et nous avons ainsi pu être témoins du Premier Ministre islandais se prêtant à une démonstration de… danse orientale.

Les relations femmes – hommes sont soumises au rapport au corps et à l’image corporelle et comportementale renvoyée par le groupe. Si bien des choses sont possibles en Islande dans ce domaine, c’est parce qu’on y trouve le terreau dans la signifiance des stéréotypes de sexe dans ce pays.

 

 

Jeudi 30 novembre

La maternité n’a pas de frontières

 

Le jeudi matin, un député espagnol a démontré tous les avantages à universaliser le congé maternité et son corollaire avec le congé paternité. Les femmes ont besoin du congé maternité pour des raisons évidentes de post-partum d’une part mais aussi pour s’occuper de l’enfant dans les premiers jours de vie.

L’objectif du congé paternité quant à lui est habituellement double, permettre au père de s’occuper de l’enfant, créer dès que possible la relation père-enfant mais également « décharger » la mère souvent fatiguée par la naissance du travail nycthéméral post-partum et de récupérer plus rapidement.

Ce député a présenté un troisième enjeu, économique cette fois-ci. La durée du congé maternité est souvent disqualifiante et discriminante pour une décision d’embauche auprès d’un employeur. A choisir entre une jeune femme et un jeune homme, la décision ne suscite guère de débat. Prolonger la durée du congé paternité, au même titre que le congé maternité, rétablirait cette inégalité professionnelle et de l’emploi selon lui.

L’Islande pourrait peut-être servir d’exemple en ce domaine : 9 mois de congés parentaux, soit 3 mois pour la mère et 3 mois pour le père qui sont non transférables, les 3 mois restants sont à partager entre les parents ou pris par un seul des 2 parents. Au vu des témoignages recueillis chez les islandais, ce mode de fonctionnement est très apprécié, tant par les pères que par les mères. Il est à noter que même si les parents ne vivent pas ensemble, ce congé alternatif est tout de même effectué par les 2 parents.

 

 

Le(s) féminisme(s) en France aujourd’hui

 

 

A l’initiative de l’Alliance Française de Reykjavik, une rencontre-intervention et discussion en français a été organisée par l’Alliance Française avec les députées Marie-Noëlle Battistel et Annie Chapelier, des islandais francophones et des français vivant en Islande.

Je suis notamment intervenue sur le plan quinquennal présenté par Monsieur Emmanuel Macron le 25 novembre 2017.

 

Le plan quinquennal sera nourri des remontées de terrain du Tour de France de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui se déroule jusqu’au printemps partout en France.

 

Il s’articulera autour de 3 piliers :

– La prévention et la sensibilisation

– L’accompagnement des victimes

– La répression des auteurs de violences

 

Prévenir et sensibiliser

 

– le lancement d’une opération de lutte contre la pornographie au collège :

– le lancement d’une campagne de communication nationale et locale récurrente sur la durée du quinquennat, en relayant cette campagne sur les réseaux sociaux via des Youtubeurs engagés afin de toucher le plus grand nombre de personnes, afin d’informer les victimes sur les démarches à mener, de sensibiliser la société et de responsabiliser les témoins d’actes de sexisme, harcèlement ou violences ;

– le lancement de testing sur les discriminations à l’embauche à l’égard des femmes ;

– le questionnement systématique des femmes par les professionnels de santé (médecine de ville, médecine du travail, hôpital) pour savoir si elles ont été victimes de harcèlement ou de violences ;

– la mise en place d’un grand plan de formation initiale et continue dans le secteur public, dans une logique d’Etat exemplaire :

 

Accompagner les victimes de violences sexuelles et sexistes

 

– la mise en place du signalement en ligne pour les victimes de violences, harcèlement et discriminations, permettant un échange interactif en direct (24/24 et 7/7) avec une personne formée;

– la création, dans les centres hospitaliers, d’unités spécialisées dans la prise en charge globale du psycho-trauma (10 expérimentations à lancer en 2018) et la prise en charge des soins psycho-trauma pour les victimes de violences ;

– le déploiement de dispositifs de recueil des preuves, sans dépôt de plainte, dans les unités médico-judiciaires ;

– la mise en place d’une cellule d’écoute dédiée dans les administrations ainsi que d’un circuit RH permettant d’accompagner les personnels des administrations victimes ;

– la mobilisation de l’inspection du travail autour de la prévention, de l’information et de l’orientation des victimes de discrimination, harcèlement, violences ;

– la mise en place des arrêts à la demande en soirée dans les bus, en lien avec les collectivités territoriales et avec les entreprises de transport ;

– le lancement d’une application numérique pour les victimes de cyber harcèlement ;

– la possibilité de porter plainte dans les différents lieux de prise en charge des victimes (hôpitaux…) ;

 

Punir les auteurs de violences sexuelles et sexistes

– la pénalisation du harcèlement de rue ;

– l’allongement du délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur mineurs (de 20 à 30 ans) ;

– la fixation d’un âge de présomption de non consentement à une relation sexuelle (le Président de la République a fait part de sa conviction personnelle : 15 ans)

 

 

Conclusion du forum

 

Sur la forme, le format du forum était malheureusement inadapté aux échanges. Tel un cours magistral en faculté, cette rencontre était en partie marquée par une succession de projections vidéos et de formules redondantes sur la nécessité d’œuvrer pour l’égalité femme-homme.

S’agissant du fond, le constat est malheureusement bien triste, seulement 26,6% de femmes élues dans les Parlements, 19,1% sont membres d’un gouvernement, 5,7% sont à la tête d’un gouvernement, et 7,2% à la tête d’un Etat.

Il est à constater, par ailleurs, que l’égalité femme/homme n’est jamais vraiment actée. Des régressions sont toujours possibles et nous devons sans cesse tenir ce rôle de vigie pour éviter tout recul à l’avenir.

 

 

 

[1] Michelle Bachelet, présidente du Chili

2017-12-20T10:04:00+00:00 20 décembre 2017|Délégation droits des femmes|Commentaires fermés sur Déplacement parlementaire en Islande